
#8 - Burt

Un jour de 1993, j’ai acheté à la gare de Marseille une cassette de Dionne Warwick. Elle était sur un de ces petits tourniquets aujourd’hui disparus qu’il fallait demander d’ouvrir. Le type du Tabac était sorti de sa caisse et je lui avais montré la compilation toute moche d’origine italienne que je guignais, Dionne Warwick sings Bacharach.
Le déclic avait eu lieu quelques jours plus tôt chez mes parents devant un scopitone de Walk on by. J’avais écouté une Poor Ol’ Dionne parfaitement digne, toute de tristesse contenue, me raconter sa rencontre avec son ancien amour et la chanson m’avait hypnotisé. C’était peut-être la première fois que j’entendais ce joyau dans sa version d’origine.
If you see me walkin’ down the streets/And I start to cry/Each time we meet/Walk on by
Ce n’était toutefois pas mon premier contact avec la musique de Burt Bacharach. Dans ce temps là, fervent lecteur des Inrocks, je me laissais guider dans mes choix par les Assayas, Tellier et autres Christophe Conte. J’avais acheté No Regrets sur leurs conseils, une compilation de succès des faux frères avec quelques morceaux des albums solos de Scott Walker. J’étais resté agrippé à Make it easy on yourself, une composition de Burt Bacharach et Hal David, ma première expérience de variété 60’s orchestrale. Make it easy on yourself et son intro énorme, la tristesse contenue (encore) de Scott Walker, les paroles de Hal David d’une évidence totale à la simplicité jamais triviale
If you really love him/and there’s nothing I can do/don’t try to spare my feelings/just tell me that we’re through.
Armé de ma seule cassette, je n’avais pas réussi à convaincre mes copains du génie du trio Bacharach, David et Dionne Warwick. Les paroles si justes et si simples en apparence de Hal David, les mélodies à la fois si évidentes et si alambiquées de Bacharach et la voix de Dionne Warwick, capable de tout chanter sans que jamais l’effort ne transparaisse et ne trahisse la difficulté incroyable des changements d’accords sadiques de Bacharach, rien de tout cela n’avaient pu toucher ces oreilles habituées aux dissonances des Pales Saints, Ride et My Bloody Valentine.
Peut-être m’aurait-il fallu la totale, la compilation The Look of love en trois CD qui n’est sortie sur Rhino qu’en 98. Peut-être m’aurait-il fallu Fool Killer, The last one to be loved, Here I am ou In between the heartache. Cette compilation fut mon cadeau d’anniversaire en 1999. J’étais allé la chercher moi-même, sans doute l’unique exemplaire de tout Marseille, à une époque où la poste ne m’apportait pas encore les CD directement des Etats-Unis. Une initiation en 75 morceaux à l’artisanat pop au plus près de la perfection.
C’est à partir de là que j’ai commencé à contaminer les autres. J’ai mieux choisi mes victimes aussi. Mais un copain a qui j’avais révélé les raffinements de la paire magique commit l’erreur d’acheter du Bacharach ... en solo. Car Burt, vers la fin des années 60, devint une star à part entière. Il eut l’occasion d’enregistrer quelques albums solos pour A&M, dans ce grand mouvement qui permit aux compositeurs des années 60 comme Carole King ou Mort Shuman de sortir de l’ombre. Mon copain me fit alors découvrir les versions par Bacharach de ses propres succès, le genre où une flûte remplace les lignes vocales de Dionne Warwick ou de Dusty Springfield. Je compatissais.
J’ai eu plus de chance que lui avec cet album de 71, trouvé il y a peu. Sa relative pauvreté en grands classiques, contrairement aux deux précédents opus, Reach Out (1967) et Make it easy on yourself (1969), gavés de succès estampillés Dionne, éloigne d’emblée le spectre de la grande déception. La relecture de Close to you, N°1 pour les Carpenters l’année précédente, tout comme celle de Mexican divorce, un de ses premiers succès (avec les Drifters), se passe sans anicroche et ne gâche en rien la découverte des charmants Nikki, Hasbrook Heights (deux titres déjà compilés sur The Look of Love), All kinds of people ou Freefall. On peut même savourer la relecture sophistiquée et jazzy de Wives and lovers, un morceau mineur du répertoire de Bacharach et David ou la jolie suite pour orchestre And The People Were With Her.
Trompette et notes en suspend, mélodie enchantée à l’itinéraire tortueux, Nikki est de ce genre d’instrumental que l’on absorbe sans y penser et dont on ne parvient plus à se défaire quelques jours plus tard. Permettez-moi de parier également sur la douceur des pa-pa-pa-pa de Freefall en réponse aux notes de harpes. Sur Hasbrook Heights, c’est Bacharach lui-même que l’on entend chanter cette ode à la vie tranquille dans les Suburbs aux doux échos de Toute la pluie tombe sur moi. Un morceau à enchaîner avec le Busy doin’ nothing de Brian Wilson sur Friends, l’album le plus Bacharachien du Beach Boy.









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22 septembre 2008, par olivier s
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22 septembre 2008, par Jamais Pareil
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24 septembre 2008, par michelsardou
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24 septembre 2008, par Pradoc
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24 septembre 2008, par michelsardou
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24 septembre 2008, par bruno
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25 septembre 2008, par molo
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27 septembre 2008, par sonic eric
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27 septembre 2008, par bruno