Caaan’t live, if living is without youuuu

"Without You", c’est le genre de chanson qu’on a presque honte d’apprécier, qu’on fredonne en cachette, sous la douche, la porte bien fermée pour ne pas être entendu du couloir, et qu’on renie en société, loin de nous ce coupable plaisir, on le laisse aux faibles qui succombent à la première ritournelle mélancolique venue, hors de question de faire preuve de sentimentalisme mainstream. Et puis ces paroles d’une banalité affligeante "No I can’t forget this evening/Or your face as you were leaving/But I guess that’s just the way/The story goes". De la soupe pré-R’n’B…

Les versions de Harry Nilsson ou de Cilla Black sont agréables, appréciables quand elles s’invitent par hasard à l’écoute, mais admettre que celle de Mariah Carey s’écoute volontiers, c’est comme reconnaître que "S’il Suffisait d’Aimer" (écrite par Jean-Jacques Goldman et interprétée par Céline Dion, aaargh…) est une chanson qu’on prend plaisir à écouter : inimaginable (ou inavouable) !

Alors quand une obscure norvégienne, Susanna Karolina Wallumrød (dont les principaux faits d’armes sont des albums de reprises avec son groupe Susanna and the Magical Orchestra), s’offre le concours de Will Oldham pour un duo lent et habité, on applaudit bien fort la tentative de réhabilitation du tube en oeuvre acceptable. Leur interprétation est presque académique, partage équitable des premiers couplets, respect global du rythme et dose obligatoire de kitsch, mais elle suscite l’adhésion par une somme de petits détails remarquables. Les voix ne sont pas pleureuses, elles ne trainent pas en longueur inutilement, ni se lamentent. Les refrains (puis tous les couplets) sont chantés ensemble, mais chacun prend, tour à tour, l’ascendant sur l’autre, donnant une dynamique étonnante et séduisante au chant. L’instrumentation et les arrangement sont d’une discretion rare, sobriété qui confine à l’effacement. Nul besoin de décibels et de poitrines surgonflées, "Without You", ainsi endorsé, devient un slow presque parfait, langoureux et équilibré, apte à introduire ces artistes singuliers auprès de publics plus larges.

Sur le reste de son album Flower Of Evil (Rune Grammofon/Differ-Ant), Susanna revisite ses classiques (des morceaux de Black Sabbath, Nico, Lou Reed ou Prince) avec les mêmes poses et armes, mais peine hélas à convertir, pêchant par redites et un peu par mollesse, et souffrant de la comparaison avec d’autres orfèvres de la reprise (Stina Nordenstam ou Cat Power période Covers Record). On fera exception pour sa reprise quasi-gothique du "Lay All Your Love On Me" d’Abba, à glacer d’effroi tout disco-addict.

On attend maintenant avec grande impatience, les reprises de "All By Myself" par Emily Jane White et de "I Want To Know What Love Is" par Bon Iver…

le 31 octobre 2008 par Rockoh
commentaires •

Caaaaaaaaan’t live, if living is without youuuuuuuuuuu

On a bien eu cet été une reprise de Big in Japan par Ane Brun - qui réussit à insufler beaucoup de grâce à ce vilain tube d’Alphaville. Comme quoi vraiment, tout arrive...

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31 octobre 2008, par Benoît

RE : Caaaaaaaaan’t live, if living is without youuuuuuuuuuu

Ane Brun, j’adore !!!! Où peut-on écouter cette reprise de Big in Japan ?

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3 novembre 2008, par un courageux anonyme

la tête au Carey

Je connaissais surtout la version de la nibarde Carey, très appréciée lorsqu’adolescent naïf, je m’enthousiasmais pour une telle chanteuse, pensant qu’elle avait génialement écrit cette chanson. Merci pour la baffe à l’ingrate vermine que j’étais alors : cette version est très belle :o)

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31 octobre 2008, par jake

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